Catégorie : MATÉRIALISME Note : 0.00 Auteur : ALAIN
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« On ne connaît que trop la th « On ne connaît que trop la thèse idéaliste, que l'on retrouve dans Berkeley en sa parfaite transparence.
Beaucoup y ont mordu, et ne se délivrent pas aisément. Or j'ai aperçu une faute dans cet idéalisme, et je
crois utile de la mettre au jour. La faute est dans cette idée impossible de l'apparence seule, et séparée de
l'objet. Plus près de nous et plus clairement, je dirais que la faute est de prendre comme réel un monde
subjectif, comme on dit, c'est à dire dans lequel l'existence extérieure ne figurerait point encore, et devrait
s'y ajouter à titre d'hypothèse. Ici les difficultés s'accumulent, et je veux essayer d'y mettre un ordre.
Entendons bien. Il ne s'agit pas d'argumenter. Qui argumente contre, il est pour. Car la force de l'idéalisme
est en ceci qu'il obtient aisément que l'existence des choses extérieures doit être prouvée ; en quoi il a
partie gagnée de toute façon ; car, si bonne que soit la preuve, elle court, comme dit Kant, le risque de
toute preuve ; et il reste une différence entre l'indubitable existence de moi-même, et cette autre existence
qu'il faut prouver, et qui, par cela seul, fait figure d'ombre, et enfin se trouve seconde et subordonnée. Or,
l'embarras où l'on se trouve alors vient de ce que le philosophe ne donne pas ici le monde tel qu'il nous
le faut. Il y a disproportion, et même ridicule disproportion, entre cette immense et impérieuse présence,
dans laquelle nous sommes pris et engagés, et les légers discours par lesquels nous essayons d'en rendre
compte. Et c'est parce que nous sommes assurés premièrement du monde que le philosophe fait rire. C'est
pourquoi il faut examiner sévèrement ce départ, cette position initiale où nous croyons pouvoir nous retirer
d'abord, laissant le monde et considérant nos pensées.
Quand on aura bien compris qu'il n'y a point du tout de connaissance hors de l'expérience, ni d'idée sans
objet actuellement présent, tout sera dit. Quand on aura bien compris que le souvenir ne s'achève que par la
perception de l'objet, et enfin que nous ne connaissons que les choses, tout sera dit, et plus près encore de
l'illusion qu'il s'agit de surmonter. Mais ces idées veulent un immense développement. Je conseille de les
suivre dans l'Analytique de Kant, jusqu'au fameux théorème qui affirme, comme en un puissant raccourci,
que les choses n'existent pas moins que moi-même. Seulement ce chemin est long et aride. » < p.65-66 >
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